L. BECK photographie la nature mais pas n'importe laquelle, L. Beck photographie exclusivement la nature des jardins botaniques des grandes cités du monde.
Il enregistre en de somptueux portraits la réalité de ces zones végétales absurdement définies entre les buildings.
Les plantes portraiturées par L. Beck sont des stars de cinéma, sophistiquées à l'extrème, livrées en rangs parfaits à l'adulation des visiteurs des jardins publics.
Ses fleurs sont excessives.
Excessivement belles, excessivement sensuelles, excessivement élégantes, excessivement plastiques, excessivement symboliques.
Le nom des espèces végétales : Vénus, Virginalis,
Capri, et leur catégorie botanique, en langue latine, parfaitement
lisible sur des pancartes plantées dans les parterres conceptualisent
les portraits.
L. Beck a parfaitement saisi la nature ambiguë des Édens végétaux qui ponctuent les villes.
Les jardins botaniques ne sont pas, comme voudrait le croire un visiteur naïf, des reconstitutions de la flore à l'état sauvage. Ce sont des espaces totalement artificiels ou l'homme a réuni des collections savantes de végétaux méticuleusement catalogués.
La flore présentée aussi peu naturelle que possible est patiemment cultivée en parfaites plates-bandes légendées par des jardiniers. Démiurges aussi soigneux que jaloux.
La recherche infinie de la perfection préside à la sélection opiniâtre des espèces.
Les jardins botaniques illustrent parfaitement l'ambivalence des sentiments de l'homme dans son rapport à l'univers : la nostalgie d'un espace originel paradisiaque abîmé par la civilisation coexiste toujours avec la réalité d'une nature implacable qu'il faut maîtrisé pour survivre.
À travers une vision sensible du végétal les images de L. Beck réveillent nos souvenirs enfouis, raniment nos songes. Son travail se réfère toujours à la symbolique de la nature dans l'histoire de l'art, à l'importance du motif révelant ainsi la coéxistance des mondes réels et imaginaires.
LA RÈGLE
L. Beck regarde en sachant précisément quelle photographie il obtiendra.
Il n'y a pas de hasard tout est réel tout est contrôlé
Il opère toujours selon le même protocole qui est devenu sa règle : extérieur / lumière naturelle / en face du sujet.
Il ne laisse aucune place à l'aléatoire.
Il réalise tout lui même : la prise de vue, le développement, le tirage. Tout est calculé jusqu'au choix du papier pour un rendu parfait;
Pour L. Beck le caractère artisanal des méthodes de développement traditionnel n'est pas contradictoire avec son travail artistique. Pour lui, une oeuvre photographique c'est la vision et la prise de vue et le développement et le tirage papier.
MGV