Malaise dans la figuration
avril - mai 2003

Vincent Corpet, Marc Desgranchamps,
Stéphane Pencréac’h, Djamel Tatah

Art. À la galerie Métropolis, quatre artistes s’attaquent à des thèmes classiques de la peinture : l’animalité, la disparition et le sexe.

De la peinture, qu’il pratiquait à la fin du XIXe aux côtés de Bonnard et Vallotton, Maurice Denis disait qu’elle consistait en une “surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées”. Réunis dans une remarquable exposition à la galerie Métropolis, Vincent Corpet, Marc Desgranchamps, Stéphane Pencréac’h et Djamel Tatah inversent cette affirmation. D’où la question : comment les composantes matérielles de la peinture peuvent-elles produire des images ? Ceci dans le cadre de la figuration, que les quatre artistes perturbent chacun à leur manière.
Ce trouble est perceptible dans les tableaux aux sujets insaisissables de Corpet ou de Desgranchamps. Ainsi le premier livre dans une œuvre de grand format des crêtes de coq flamboyantes, entrelacées à un museau animal, à une coquille de moule, à un estomac suspendu à une aile de papillon… Sur un fond rosé proche d’un étal de boucher, Corpet produit une confusion optique, où on ne sait plus ce qu’on regarde sitôt qu’on croit avoir reconnu tel ou tel motif.

Pinceau phallique

De cette imbrication des formes, on passe à leur disparition chez le second, Desgranchamps, qui ôte aux choses leur densité, leur épaisseur. C’est le cas dans trois œuvres montrant une baigneuse à la plage, un cheval et trois personnages, ou encore une forêt de poteaux ressemblant à des jambes. Ces sujets énigmatiques, Desgranchamps les peint avec des pigments si dilués qu’on voit les paysages à travers les corps. D’où le sentiment d’une perte de réalité, d’êtres qui se vident de leur substance. Une impression accentuée par la couleur qui tend à dégouliner ou par la présence d’ombres indistinctes qui rongent un peu plus les images.
Déjà vu à la galerie IUFM Confluence(s), en 2001, Djamel Tatah excelle dans la représentation de femmes au visage blafard, dont les mains en suspension et le visage impassible produisent une inquiétante absence de sens. Rien à voir avec le style hardcore de Stéphane Pencréac’h, qui plante par exemple un pinceau dans l’intimité d’une femme nue. Ce qui suscite diverses réflexions sur la collision entre image peinte et objet réel, ou sur l’outrage fait à la sacro-sainte surface de la toile par le pinceau phallique. Autre peinture, autre thématique : Life is one big red présente une jeune femme étendue sur un couvre-lit rouge sang. Des photos de vacances sont insérées dans le tableau, l’une d’entre elles masquant les yeux du modèle. Où il est encore question d’images, mais cette fois dans un autre registre : celui de la rivalité entre la photo et la peinture dans la représentation du réel.

Pierre Tillet

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