Art. À la galerie Métropolis, quatre artistes sattaquent à des thèmes classiques de la peinture : lanimalité, la disparition et le sexe.
De la peinture, quil pratiquait à la fin du XIXe aux côtés
de Bonnard et Vallotton, Maurice Denis disait quelle consistait
en une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre
assemblées. Réunis dans une remarquable exposition
à la galerie Métropolis, Vincent Corpet, Marc Desgranchamps,
Stéphane Pencréach et Djamel Tatah inversent cette
affirmation. Doù la question : comment les composantes matérielles
de la peinture peuvent-elles produire des images ? Ceci dans le cadre
de la figuration, que les quatre artistes perturbent chacun à leur
manière.
Ce trouble est perceptible dans les tableaux aux sujets insaisissables
de Corpet ou de Desgranchamps. Ainsi le premier livre dans une uvre
de grand format des crêtes de coq flamboyantes, entrelacées
à un museau animal, à une coquille de moule, à un
estomac suspendu à une aile de papillon
Sur un fond rosé
proche dun étal de boucher, Corpet produit une confusion
optique, où on ne sait plus ce quon regarde sitôt quon
croit avoir reconnu tel ou tel motif.
De cette imbrication des formes, on passe à leur disparition chez
le second, Desgranchamps, qui ôte aux choses leur densité,
leur épaisseur. Cest le cas dans trois uvres montrant
une baigneuse à la plage, un cheval et trois personnages, ou encore
une forêt de poteaux ressemblant à des jambes. Ces sujets
énigmatiques, Desgranchamps les peint avec des pigments si dilués
quon voit les paysages à travers les corps. Doù
le sentiment dune perte de réalité, dêtres
qui se vident de leur substance. Une impression accentuée par la
couleur qui tend à dégouliner ou par la présence
dombres indistinctes qui rongent un peu plus les images.
Déjà vu à la galerie IUFM Confluence(s), en 2001,
Djamel Tatah excelle dans la représentation de femmes au visage
blafard, dont les mains en suspension et le visage impassible produisent
une inquiétante absence de sens. Rien à voir avec le style
hardcore de Stéphane Pencréach, qui plante par exemple
un pinceau dans lintimité dune femme nue. Ce qui suscite
diverses réflexions sur la collision entre image peinte et objet
réel, ou sur loutrage fait à la sacro-sainte surface
de la toile par le pinceau phallique. Autre peinture, autre thématique
: Life is one big red présente une jeune femme étendue sur
un couvre-lit rouge sang. Des photos de vacances sont insérées
dans le tableau, lune dentre elles masquant les yeux du modèle.
Où il est encore question dimages, mais cette fois dans un
autre registre : celui de la rivalité entre la photo et la peinture
dans la représentation du réel.
Pierre Tillet