Stéphane Pencréac’h
"libre digestion de la peinture"
du 1/12 au 10/1/04
Biographie

La galerie Métropolis présente des oeuvres sur papier du jeune peintre Stéphane Pencréac’h.

Leur verve, leur souffle plastique et leur inventivité formelle estomaquent. Capharnaüm de papiers colorés épinglés aux murs. Cafouillis de peinture en coulures épaisses, empâtements, taches. Bafouillages et bégaiements de figures naïves, hâtives, trembléées... Mais qu’est-ce que ce foutoir ? En franchissant le seuil de la galerie, j’ai l’impression d’entrer dans un atelier d’école maternelle où des enfants s’en seraient donné à coeur joie avec pinceaux et pots de peintures débridés. Après le départ des bambins déchaînés, les galeristes, indulgents, auraient encadré sobrement les pochades, mis un peu d’ordre, rendu les dégoulinades présentables. Je m’approche, j’isole du regard un dessin et m’aperçois très vite de mon erreur : la peinture n’a pas coulé par enfantillage, les traits sont maîtrisés, la composition a du souffle et tient bien sur ses jambes. A la question « comment différencier un dessin d’enfant de celui d’un artiste qui s’en inspire et en emprunte la liberté ? », il suffit de répondre : regardez. Le premier tombe des yeux après quelques secondes, le second y reste accroché, «tient», s’y fraie un chemin, aux détours nombreux, que l’on aura plaisir à parcourir et re-parcourir. Les huiles sur papier de Pencréac’h, qui appartiennent évidemment à cette seconde catégorie, plongent leurs racines dans l’histoire de la peinture pour en corrompre les formes et malmener la représentation. La peinture, cette hydre de l’art, réapparaît ici sous un visage nouveau, libère de nouveaux organes.

«La peinture est une femelle ouverte sur le monde» (S.P.)

Si selon Freud, l’enfant est un pervers polymorphe, le jeune artiste, l’enfant de l’art qu’est Pencréac’h, l’est aussi, exprimant des affects fondamentaux (violence, sexe, amour) en pervertissant la peinture de son polymorphisme fertile, de ses métamorphoses et de sa verve expressionniste. Le cadre, cage dont il faut s’extraire, éclate en tous sens, secoué par les innombrables moyens formels mobilisés par l’artiste : agitation des traits et utilisation de la matière dont j’ai parlé ci-dessus, télescopage d’images hétéroclites colléées sur le papier et englouties par la peinture (des photographies de famille très souvent, mais aussi des images pornographiques), ajouts de plumes ou de petits objets en plastique, dédoublements et jeux de miroirs (mises en abyme du cadre), cubisme et kaléidoscopes, déchirures trouant le papier... Rien ne se perd, tout se transforme. On ne s’étonnera donc pas des nombreuses références aux grands peintres (de Grünewald à Bacon et Fontana) ou aux sujets classiques : autoportraits au stylo bille, série retraçant la tentation de St Antoine, madone entourée de Christs en croix ou en « doigts », natures mortes.. On trouvera aussi bien des motifs propres à l’artiste : le cyclope, le serpent, les moyens de transports. En plus des oeuvres sur papier, la galerie présente deux grands nus sur toile. Sur le premier, une fille fixant une image s’adonne à des caresses intimes (auto-érotisme, tautologie de la représentation). Sur l’autre, une fille aux bas noirs flotte parmi des poissons dans une sorte d’aquarium. En son con est planté un pinceau (bien réel) qui lui donne des allures androgynes, où l’on voit aussi à quelle source, Pencréac’h puise sa créativité... Origine du monde, origine des images et origine du plaisir, qui sur ses tableaux rejaillissent en mondes, images et plaisirs nouveaux. Stéphane Pencréac’h à la galerie Métropolis jusqu’au 10 janvier.

Jean-Emmanuel Denave

 

Biographie

Né à Paris en 1970
Vit et travaille à Paris

Expositions Personnelles

2003

Galerie Metropolis Lyon

1993-2003 Dessins etc

Los-Angeles

Peintures

2002 « Peinture etc… », galerie Beaubourg, château Notre-Dame des Fleurs, Vence

2001 «Stéphane Pencréac’h, 1994-1996», galerie Traffic, Ivry-sur Seine

«Arabitude «, 38, rue du Temple, Paris

2000 «Le paradis est un endroit où il ne se passe jamais rien «, galerie Hoffman, Paris

Expositions Collectives

2002 galerie Metropolis Lyon

Quatre Peintres

Vincent Corpet, Marc Desgrandchamps,Sréphane Pencréac’h, Djamel Tatah

2002 FIAC, galerie Beaubourg

« Urgent painting », ARC, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

2001 « Cussol, Pencréac’h, Xiao Fan », galerie Charlotte Moser, Genève

« Desire «, du 16 juin 2001 au 15 juillet 2001 Ursula Blickle Stiftung, Kraichtal, printemps 2002, Musée d’Art Moderne de Bologne, commissaire, Peter Weiermair.

«Narcisse blessé», Passage de Retz, Paris, commissaire, JM Ribette

2000 «Le Big Crunch 2», La Box, Bourges

«Zéro/Zéro», Cologny, Genève

«Action Directe 1», Paris

«Action Directe 2», Paris

«le Big Crunch», galerie Serge Aboukrat, Paris

1998 «Trafic d’influences», Espace Paul Ricard

«Pour un objet dard», Paris

1997 «Je t’aime», Paris

1996 «The exodus has begun», Paris

«Je t’éclate la rondelle, sale petite pute», Paris

«Crise, rupture, dépassement», Paris

«Moi, Gouéry et les autres», Paris

«Pour en finir en beauté», galerie Jordan et Devarrieux, Paris

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